06/05/2005

Franchir l'infranchissable

  « Quelque application qu’on y mette, il est difficile de croire que le monde n’est qu’un tas confus, un ramassis de matière assemblé fortuitement et battu comme blanc d’œuf par le fouet des énergies de hasard. De l’infiniment grand à l’infiniment petit, l’examen des ensembles et des détails nous montre au contraire que tout est en ordre. Non seulement en ordre mais organisé. Face aux singuliers problèmes que posent cet ordre et cette organisation, la solution rationaliste est de se satisfaire du "comment". Sachant comment se déroule une suite de phénomènes, ayant fait la lumière sur le fonctionnement d’un mécanisme cosmique ou biologique, on s’estime satisfait. Le monde est, et il est ainsi. Il n’y a pas lieu de chercher à en savoir plus long.

  Cela ressemble singulièrement au ne-recherchez-pas-à-comprendre du vénérable vieillard curé.

  Eh bien, qu’on m’excuse, tant que j’aurai un souffle de vie, je chercherai à en savoir plus long, même si tous mes désirs et tous mes efforts ne me font pas grimper d’un échelon.

  Le loup captif qui sans cesse va et vient derrière ses barreaux me paraît plus raisonnable, sinon plus rationnel, que celui qui résigné se couche en rond dans la paille. En essayant, mille fois l’heure, de franchir l’infranchissable, qui sait peut-être un jour il passera… »

 

RENE BARJAVEL dans « la faim du tigre »


20:43 Écrit par Nettah | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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