25/08/2005

Correspondance I

Mon grand-père était un homme riche de cœur, riche d’esprit mais pas riche de portefeuille! Toute sa vie, il s’est tenu à une certaine philosophie de vie plutôt communiste et à un côté optimiste à toute épreuve. Il ne conduisait pas, usait ses affaires jusqu’à la corde. Il était doux mais fallait pas trop le chercher, ‘y avait des sujets fâcheux (Autres que ses cheveux !). Mais sans doute avait-il ses raisons…L’une d’entre elles, s’appelle certainement « La guerre de 40 ». Lorsque celle-ci a éclatée, il a pris le chemin de l’exode avec sa femme, son fils âgé de cinq ans et d’autres membres de sa famille à bord d’un camion. On m’a raconté que ma grand-mère est devenue malade des nerfs depuis ce temps, Ils devaient courir sur le bord des chemins lorsque des avions passaient et tiraient. Une mère et son enfant en sont morts près d’eux. Ils erraient d’un endroit à un autre vers le sud de la France.

Lorsque la guerre fut finie mon grand-père est revenu un soir à la maison avec une brouette remplie de « Mémorial des Alliés » en remerciement pour ce qu’il avait fait durant la guerre. C’est un énorme livre qui fait toujours son gros effet vu son volume, j’ai hérité d’un volume à sa mort. Depuis, ils n’ont plus jamais voulu parler de la guerre. Mon grand-père n’a plus voulu parler de ses origines et comme la maison communale de Dinant (sa ville natale) a brûlé durant la guerre…

J’aimerais lui rendre un dernier petit hommage en publiant de temps en temps quelques lettres que j’ai de lui sur mon blog, celle-ci parle de leur exode. Ces lettres sont précieuses car elles témoignent d’un temps qui semble tomber peu à peu dans les oubliettes de la mémoire humaine au vu des horreurs qui se commettent encore et encore tous les jours !

 

« Sète le 29.05.40

 

     Chère maman,

     Nous sommes arrivés à Sète dans la région de Béziers et Montpellier depuis mardi et nous espérons bien pouvoir enfin nous fixer d’une façon définitive.

     Je t’assure que cela n’a pas été commode pour arriver jusqu’ici. Mais le principal est d’y être. Jusqu’à présent tout le monde est en bonne santé et nous espérons de même chez vous autres.

     La chose que nous désirons pour le moment, c’est de pouvoir enfin nous fixer quelque part et d’avoir des nouvelles de Caucale, c’est que cela commence à nous sembler long de ne pas avoir de nouvelles de vous autres.

     Aussitôt que je vous aurez fait savoir notre adresse, écrivez-nous de toute urgence. Dans l’espoir de nous revoir parceque je crois que c’est votre désir comme le nôtre.

     Beaucoup de baisers de nous autres tous et à bientôt

 

                                                                                                   Robert et c°

Bien le bonjour de coco (son fils)qui t’embrasse bien fort. »

 

« Alès 1 juin 1940

 

     Chère maman,

     Enfin nous sommes fixés et avant tout, voici mon adresse :

                             Mr H

                             Maison Julian

                             8, Chemin des Prairies

                             Alès-Gard

 

     Nous sommes tous en bonne santé mais quelle histoire avant d’arriver ici.

     Avant de continuer, comment allez-vous également et surtout envoyez-nous vite de vos nouvelles, nous sommes vraiment impatient d’en avoir.

     Figure-toi, maman, que nous avons eu un coup de chance.

     Jeudi nous étions arrivés à Alès et voilà que de nouveau, nous devions partir pour Nîmes.

     A ce moment, le maire de la ville est passé et voyant notre camion sur la place, a demandé où nous allions. Après lui avoir dit que nous devions partir, il nous a proposé de rester à Alès à condition de pouvoir réquisitionner le camion.

     Nous avons accepté et nous avons réussi de ce fait à avoir une place pour mon oncle Albert comme chauffeur de camion ensuite une place pour accompagner le camion pour Nestor et moi-même.

     Nous devons nous occuper du ravitaillement des réfugiés de la région.

     Nous aurons donc toujours de quoi manger.

     Nestor a trouvé un logement ainsi que moi.

     Roger cherche ainsi que tante Elise mais comme nous sommes placés, ils trouveront sûrement.

     Bien entendu, ces logements sont sans meubles, mais les personnes qui habitent à l’entour de chez nous sont très serviables et nous pouvons déjà cuisiner et dormir ce qui est le principal.

      Encore une chose ; mes appointements actuels sont de 20 francs par jour, qu'en penses-tu ?

     Mais j’ai pris cela en attendant afin d’avoir une occupation et le service n’est pas mauvais.

     Il sera peut-être possible d’avoir de l’ouvrage de couture pour Paulette ; enfin, on se débrouillera.

     Maman, j’attends de tes nouvelles avec impatience et dans l’espoir de te voir prochainement, on ne sait jamais. Je t’embrasse encore plus fort qu’avant.

                                                                                                   Robert

Une baise à Bome-Bibie de Coco ainsi que de Paulette. »

 



00:45 Écrit par Nettah | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

trésor se k tu a héritée n'est ni plus ni moins k'1 veritable trésor ... guarde le précieusement!

Écrit par : nelsonmateus | 25/08/2005

Quelle bonne idée... C'est une bonne idée, je trouve ces textes émouvants, ils me font penser à ce qu'ont vécu mes propres parents qui ont eu vingt ans en 1945.

Écrit par : samantdi | 25/08/2005

Dinant Ton texte me touche énormémént.Toute la famille de ma mère était originaire de là-bas, et j'ai souvent entendu que cette région a particilièrement été éprouvée pendant la guerre 40-44 .
Et comme tu disais sur mon blog,on a la tête dure dans cette partie du pays!!!
Merci Nettah!

Écrit par : christina | 25/08/2005

chance C'est tjs une chance d'avoir des traces de son passé....Moi, j'ai recommencé ma vie avec la famille que je me crée....Mais souvent, les histoires me manquent....

Écrit par : Frédérique | 25/08/2005

Trésors,oui Nelson: Oui, je suis consciente de cela et c'est bien pour cela que je tente de les partager et que je les garde le plus précieusement possible!
Samantdi: Je me souviens de l'exposition "J'avais 20 en 45"(est-ce le bon titre?), elle m'avait bouleversée. Il y avait un endroit de l'expo qui montrait les objets et des photos des camps. cet endroit m'avait glacée!
Cristina: je suis heureuse que ces lettres revivent et qu'elles puissent toucher quelques personnes...J'aime partager!
Fred: Je me crée aussi ma famille et elle n'est pas que de sang...Mais heureusement j'ai beaucoup d'histoire à raconter à fiston car j'ai toujours été attirée par le passé et je restais toujours les oreilles grandes ouvertes pour ne rien rater des histoires que l'on me racontait! je comprends ce que tu veux dire!

Écrit par : Nettah | 26/08/2005

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