31/08/2005

Correspondance IV

Sur la photo : « Ma grand-mère maternelle »

 

"Alès le 18 juillet 1940

 

     Petite maman,

     Il me semble que depuis que je ne t’ai plus vue, tu me deviens plus chère encore et je puis t’assurer que tu nous manques beaucoup.

     Nous qui étions habitués à nous voir jusqu’à deux et trois fois par jour, tu peux t’imaginer l’impatience qui nous étreint à te sentir si loin et sans ( ?).

     J’essaye par tous les moyens de te faire parvenir de nos nouvelles.

     J’ai écrit à différentes reprises à Caucale et puis en Belgique soit des lettres ou des cartes postales et j’espère que tu as reçu de nos nouvelles.

     La présente lettre, je la remets aujourd’hui même à un monsieur qui retourne en Belgique en lui demandant de la poster aussitôt son arrivée à Bruxelles.

     Quand à nous, nous espérons pouvoir revenir d’ici une bonne quinzaine de jours et je t’assure que nous sommes impatients de savoir comment vous allez.

     Enfin, la petite Fabienne (Je crois que je vois tout en petit pour le moment) est heureuse d’avoir retrouvé enfin son mari et nous sommes heureux de savoir que notre famille n’a pas subi de malheurs dans des moments pareils.

     Maman, au cas où cette lettre te parviendrait avant les autres, voudrais-tu avertir d’abord la tante de Paulette « Madame Charles Bulens », 16 rue de Tilly ainsi que son père, 70 rue Van Dyck que nous sommes en bonne santé.

     Le petit dort pour le moment, autrement j’aurais accompagné ta lettre d’un petit dessin.

     Sache que nous sommes tous en bonne santé aussi bien tante et oncle, Nestor, Marcelle, Roger, Maria et la petite, monsieur et madame Demeese, la maman de Paulette, le petit Robert, Paulette, Georges et moi-même mais dans l’espoir de retour le plus prompte.

     Il parait qu’il y a moyen de correspondre par l’entremise de l’office des réfugiés belges de France 79, Bld Poincarré à Bruxelles.

     Renseigne-toi et si tu juges que cela est encore possible de nous donner de tes nouvelles avant notre départ, fais-le.

     A bientôt j’espère et le plus tôt possible.

     Maman chérie, nous t’embrassons tous avec amour filial

                                                                                                   Paulette-Georges-Robert"

 

 

"Alès 18 juillet 1940

 

     Chère maman,

     Te voilà déjà à Bruxelles parait-il ? Nous avons reçu cette nouvelle par l’intermédiaire de la propriétaire de Caucale.

     J’en suis heureux pour toi et ce qui m’a comblé d’aise c’est d’apprendre que Robert et François sont venus vous chercher eux-mêmes.

     Que ma petite Fabienne devait être heureuse ; elle le mérite parce que sa situation était de loin la plus triste, pauvre petite sœur.

     Je t’assure que c’est à elle que je pensais le plus, d’abord. Parceque je la connais mieux ou qu’elle est de mon âge environ et puis vraiment depuis son mariage, elle a été la plus éprouvée.

     Tant mieux pour elle et embrasse-la pour moi, quand à Robert bien le bonjour de Robert d’Alès où tout ce fait à l’aise.

     Maman nous espérons partir le plus tôt possible afin de nous retrouver tous et sache que pour nous la vie ici n’a pas été difficile et que tout s’est arrangé.

     Aujourd’hui je remets à un monsieur qui retourne à Bruxelles, une lettre pour qu’il veuille bien la poster à Bruxelles au cas où cette lettre-ci ne te parviendrait pas.

     Mais de toute façon maman, il est possible pour toi de nous écrire. J’ai vu aujourd’hui, un jeune homme qui a reçu des nouvelles de Bruxelles et il l’a reçue le 18 soit une semaine après.

     Il faudrait pour cela envoyer ta lettre à l’office des réfugiés belges en France : 79, Bld Poincarré à Bruxelles. Bien entendu ta lettre doit être mise dans une enveloppe avec une adresse en France et timbrée et le tout dans une enveloppe à l’adresse que je te donne.

     Au cas où tu recevrais cette lettre avec retard, juge toi-même si c’est encore nécessaire de nous écrire vu que nous espérons partir d’ici une quinzaine de jours.

     En tout cas, maman, ils nous tardent de t’embrasser et de pouvoir à nouveau nous voir tous les jours comme auparavant.

     Maman à bientôt et nous t’embrassons bien fort.

                                                                                                   Coco, Paulette et Robert

     Bien les amitiés de la maman de Paulette

 

N.B. j’ai écrit plusieurs fois à Caucale et je suppose que ces lettres te seront parvenues par après. Il y avait des dessins de Georges.

A bientôt chère maman."

 


17:00 Écrit par Nettah | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

maman Sans commentaires,c'est émouvant.

Écrit par : christina | 01/09/2005

Beauté... ... de ta grand-mère, des textes... Merci Nettah.

Écrit par : Elvira | 01/09/2005

Oui... ...Elle était jolie, elle avait les yeux verts clairs et adorait chanter. Je suis heureuse que ces textes vous touchent...

Écrit par : Nettah | 02/09/2005

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